Abstract
Dans la critique de la plume des écrivains femmes d'Afrique (francophone), il y a en général unanimité pour dire que les écrits de celles-ci ont une teneur féministe. Les œuvres produites au féminin seraient toutes critiques du patriarcat et du sexisme. Une telle lecture commune stéréotype la littérature féminine africaine et laisse peu de place aux voix singulières. Ken Bugul est justement une auteure sénégalaise dont l'écriture sort des lieux communs poétiques, thématiques et idéologiques. Ainsi en est-il par exemple de son roman Riwan ou le chemin de sable. Cette œuvre est un discours qui pourfend le féminisme occidental à la faveur d'un féminisme africanisé ou plutôt d'une re-valorisation de la féminité africaine telle que celle-ci est inscrite dans les valeurs traditionnelles précoloniales. Selon l'axe d'analyse que nous avons adoptée ici et qui combine le postmodernisme, le postféminisme et la poétique érographique, il est clair que la romancière prêche – entre critique sociale, défense des traditions et sexualité conjugalement régulée – une féminité africaine accommodante et non vindicative.